Revolut, la néobanque britannique au succès mondial, amorce une nouvelle phase de son expansion en s’attaquant à un marché encore peu digitalisé : le Maroc. Forte de ses 60 millions de clients à travers 35 pays et valorisée à 45 milliards de dollars, la fintech pose ainsi un premier jalon stratégique sur le continent africain, avec l’ambition d’y redessiner les contours des services financiers.
Et c’est Amine Berrada, ancien cadre dirigeant chez Uber, qui est appelé à piloter cette entrée. « Je suis particulièrement fier de faire cela pour mon pays d'origine, en contribuant à apporter des services financiers de pointe à des millions de Marocains », a-t-il confié sur LinkedIn. Un signal fort, à la fois personnel et stratégique.
Pourquoi le Maroc ? Un marché test aux atouts multiples
Le choix du Royaume chérifien ne doit rien au hasard. Entre une pénétration mobile très élevée, une diaspora estimée à plus de 5 millions de personnes et une digitalisation du système bancaire encore en phase d’éveil, le Maroc offre un terrain fertile pour une fintech mobile-first comme Revolut.
L’entreprise britannique ne cache pas ses intentions : demander une licence auprès de Bank Al-Maghrib et adapter son modèle, qui mêle comptes, cartes, change, crypto, assurance et investissements, aux contraintes réglementaires locales. Un porte-parole a récemment affirmé que le Maroc représentait une opportunité à la fois "précoce mais prometteuse".
Un pari risqué… mais stratégique
Le Royaume reste un marché prudent. Aucune licence bancaire étrangère n’a été délivrée depuis plus d’une décennie, et la convertibilité partielle du dirham constitue un défi pour une entreprise habituée à opérer dans des environnements plus flexibles. Mais Revolut pourrait suivre l’exemple d’Apple Pay, qui s’est associé à CIH Bank pour entrer sur le marché.
L’alternative d’un partenariat local ou d’un montage hybride reste donc plausible, surtout pour contourner les exigences liées au contrôle des changes. Reste à voir si la Banque centrale marocaine sera prête à accorder ce sésame.
Un plan Afrique qui va au-delà du Maroc
Revolut ne limite pas sa conquête au Maghreb. L’Afrique du Sud est aussi dans son viseur, avec une demande de licence bancaire complète en cours. Mais là encore, la compétition est rude : TymeBank, Discovery Bank ou Bank Zero sont déjà bien implantées et jouissent d’une forte crédibilité.
Cependant, les observateurs saluent la stratégie long terme de Revolut. L’entreprise ne cherche pas une simple percée médiatique, mais bien une présence durable, en tissant un axe Nord-Sud à travers le continent africain.
Soutenue par SoftBank, Tiger Global et une rentabilité croissante, Revolut a traité plus de 1 000 milliards de dollars de transactions en 2023, pour un chiffre d’affaires de 4 milliards en 2024. Autant dire que la néobanque arrive avec des munitions.
Le Maroc pourrait ainsi devenir un banc d’essai pour adapter ses produits aux réalités africaines, avant d'étendre sa toile en Afrique subsaharienne. Dans un écosystème encore en construction, Revolut vient bousculer l’ordre établi – et peut-être accélérer une digitalisation longtemps attendue du secteur bancaire marocain.
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