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Interview avec Alex Degny, Président du CI20 « Faire émerger une génération de champions numériques ivoiriens »

2025-08-21  La Rédaction  1,135 views

Créé pour fédérer les acteurs du secteur et accompagner l’État dans la mise en œuvre de sa stratégie digitale, le CI20 s’impose aujourd’hui comme un interlocuteur incontournable lorsqu’il s’agit de parler innovation, startups et transformation digitale. 

Depuis un peu plus d’un an, Alex Degny préside le CI20, désormais reconnu comme le patronat des startups ivoiriennes avec une vision claire : faire de la Côte d’Ivoire un hub technologique de référence en Afrique de l’Ouest. 

Avec ses 8 clusters et ses programmes phares, l’organisation s’est imposée comme la voix de l’écosystème tech local. Dans cet entretien exclusif, il revient sur la mission du CI20, ses actions concrètes et sa vision pour l’avenir des startups ivoiriennes. 

« Nous voulons que la voix des startups compte dans l’agenda économique de la Côte d’Ivoire »

Pouvez-vous nous présenter brièvement le CI20 et sa mission ?

Alex Degny : Le CI20 a connu une véritable mue. Nous sommes aujourd’hui le patronat des startups de Côte d’Ivoire. Grâce à nos 8 clusters et des programmes phares comme CI20 Connect, l’Annuaire des Startups, Startup Boost Capital ou encore Startup’elle, nous avons structuré l’écosystème et fédéré ses acteurs. Notre mission est claire : connecter, défendre et propulser les startups ivoiriennes, de l’idéation au scale-up, tout en portant leur voix auprès de l’État, des bailleurs et des marchés internationaux.

Quels sont vos objectifs prioritaires ?

Alex Degny : Nous poursuivons quatre grands objectifs. Le premier est l’accès au marché, avec des programmes qui permettent aux startups de devenir leurs propres clients (CI20 Connect), de signer avec de grands groupes (CI20 Business Club) ou de répondre à des appels d’offres publics via nos clusters sectoriels. Ensuite, il y a l’accès au financement : avec Startup Boost Capital et Keza Capital Afrik, nous facilitons l’amorçage et les levées en série A. Le troisième pilier est l’accompagnement 360°, où le CI20 Connect couvre 17 étapes clés, du juridique au branding en passant par l’ESG. Enfin, nous travaillons sur l’accélération, en préparant chaque année de nouvelles startups au scale-up régional.

Comment décririez vous l’écosystème entrepreneurial ivoirien aujourd’hui ?

Alex Degny : Nous traversons un momentum sans précédent. L’État a lancé un Fonds pour l’Innovation Numérique, le loi startup dénommée ‘’Startup Act'' a été adoptée, nous y avons largement contribué et la première édition de l’Ivoire Tech Forum, que nous avons ardemment appelé de nos vœux puis co‑organisé, a réussi sa première édition. Les levées de fonds battent des records, tandis que les fintech, agri‑tech et green‑tech gagnent en puissance. Bref, le talent et l’énergie sont là ; il nous reste à densifier l’infrastructure et à ancrer davantage de capital local. Résultat : Abidjan s’affirme désormais comme le hub régional de l’innovation en Afrique de l’Ouest.  a été un succès. 

Quelles sont les principales difficultés que rencontrent vos membres et comment y répondez-vous ?

Alex Degny : Les défis sont clairs : l’accès au financement pré-amorçage, encore trop limité ; une fiscalité peu adaptée ; des lourdeurs administratives et des délais de paiement publics qui fragilisent les trésoreries ; et enfin, une fracture numérique persistante en dehors d’Abidjan. Pour y répondre, nous avons mis en place plusieurs leviers. Nous négocions des réductions de coûts pour nos membres (jusqu’à -30 % sur des services juridiques, comptables ou cloud). Nous faisons un plaidoyer actif pour l’application complète de la Startup Act, notamment sur les exonérations fiscales et sociales. Nous mobilisons le capital en créant des corridors d’investissement avec la CDC-CI, la BOAD, la BAD et un réseau de business angels ouest-africains. Enfin, nous travaillons avec les ministères pour fluidifier les paiements publics.

Concrètement, quel est le rôle du CI20 dans le développement des startups ?

Alex Degny : Concrètement, quel est le rôle du CI20 dans le développement des startups ivoiriennes ?

Alex Degny : Notre rôle s’articule autour de trois piliers complémentaires qui structurent toute notre action.

D’abord, représenter. Nous sommes la voix des startups auprès de l’État, des bailleurs et des régulateurs. Cela passe par la co-rédaction de la Startup Act, des propositions d’amendements fiscaux, ou encore un plaidoyer actif pour réduire les délais de paiement publics qui étranglent la trésorerie des jeunes pousses. Nous produisons aussi des policy briefs sectoriels via nos clusters et un Baromètre annuel de l’innovation qui éclaire la décision publique. Sans cadre favorable, il n’y a pas de croissance soutenable. 

C’est pourquoi nous faisons du CI20 le porte-voix institutionnel de l’écosystème. Ensuite, accompagner. Avec CI20 Connect, nous avons mis en place un guichet unique 360° qui couvre 17 étapes clés : juridique, finance, branding, tech, ESG, RH… Les startups accèdent aussi à un réseau de plus de 50 mentors et parrains sectoriels mobilisés lors du CI20 Startup Pitch. Nous encourageons également la consommation interne, entre membres, avec le mot d’ordre “consommons nos propres solutions”. Résultat : nos startups gagnent jusqu’à 18 mois sur leur courbe d’apprentissage et réduisent de moitié leur risque d’échec à trois ans.

Enfin, financer. Avec Startup Boost Capital, nous proposons des tickets d’amorçage allant de 10 000 à 50 000 dollars. Pour les étapes seed et série A, nous avons lancé Keza Capital Afrik. Nous organisons aussi régulièrement du matchmaking avec des VC et des business angels, et co-animons des demo days sur des scènes internationales comme VivaTech, GITEX Africa ou l’Ivoire Tech Forum. Notre objectif est simple : faire en sorte que le financement ne soit plus un goulot d’étranglement, en mobilisant des ressources adaptées à chaque stade, de l’idéation au scale-up.

En somme, nous représentons les startups pour qu’elles soient entendues, nous les accompagnons pour qu’elles se structurent, et nous facilitons leur financement pour qu’elles passent à l’échelle.

Comment contribuez-vous concrètement à la croissance et au succès des startups membres du CI20 ?

Alex Degny : Nous intervenons sur trois axes complémentaires. D’abord, à travers nos programmes structurants. Chaque nouvelle cohorte bénéficie d’un Onboarding Day : deux heures avec nos experts pour baliser les étapes clés, qu’il s’agisse de questions juridiques, financières, technologiques ou liées à l’ESG. Nous avons aussi initié le CI20 Tour, une caravane nationale et internationale qui connecte nos startups aux marchés régionaux mais aussi à la diaspora. Enfin, nos huit clusters sectoriels et le CI20 Business Club servent de plateformes mensuelles où les jeunes pousses échangent directement avec de grands groupes et des administrations. Ces rencontres débouchent souvent sur des contrats B2B ou B2G qui changent la trajectoire d’une startup.

Ensuite, nous misons beaucoup sur le mentorat de haut niveau. Nous avons constitué un réseau de plus de 50 mentors et parrains, des serial entrepreneurs, des CTO, des CFO, des experts en ESG – qui challengent les business models, relisent les pitch decks et, surtout, ouvrent leur carnet d’adresses. C’est un transfert de savoir-faire et de réseau qui fait gagner un temps considérable aux startups.

Enfin, nous jouons un rôle majeur dans leur visibilité nationale et internationale. Nous les intégrons à des délégations officielles lors d’événements de référence comme VivaTech à Paris, GITEX Africa à Marrakech, ou encore l’ENABEL Innovation Week à Bruxelles, et bientôt le Web Summit au Qatar. Nous organisons également des demo days sur place, ce qui a déjà permis à plusieurs de nos membres de signer des term-sheets ou des partenariats technologiques. Et sur le plan local, l’animation du village startups à l’Ivoire Tech Forum a donné de la visibilité à plus de 40 jeunes entreprises.

Le résultat est clair : nos startups intègrent plus vite les bonnes pratiques, décrochent plus rapidement leurs premiers gros contrats et rencontrent des investisseurs qu’elles n’auraient jamais pu atteindre seules.

L’année prochaine sera électorale en Côte d’Ivoire. Quel impact sur l’écosystème entrepreneurial et les startups ivoiriennes ?

Alex Degny : Les périodes électorales introduisent toujours une part d’incertitude budgétaire, car les priorités de l’État peuvent se figer ou se déplacer. Mais je crois qu’il faut aussi y voir une fenêtre stratégique. C’est le moment idéal pour inscrire l’entrepreneuriat et l’innovation dans les programmes des candidats et faire entendre la voix de nos startups. À travers le CI20 Tour, que nous menons aussi bien dans les régions qu’à l’étranger, je rappelle systématiquement aux jeunes entrepreneurs que les élections doivent être un tremplin d’opportunités, et non un terrain de violence. Pour une startup, la première ressource essentielle reste la paix : sans stabilité, il est impossible de lever des fonds, de signer des contrats ou même de servir correctement ses clients.

Il y a évidemment des risques. Les décaissements publics, par exemple, sont souvent au ralenti : les budgets se figent le temps de la campagne, ce qui retarde les paiements pour des fournisseurs innovants. Les investisseurs deviennent également plus frileux, car la volatilité politique augmente la perception de risque et peut différer certains tickets de financement à court terme, notamment les tours seed ou bridge.

Mais il y a aussi des opportunités à saisir. Chaque candidat cherche à afficher un soutien concret à l’emploi et à l’innovation, ce qui conduit souvent à la création de plans de relance ou de fonds ad hoc. Le débat public donne également une visibilité médiatique nouvelle aux solutions locales capables d’incarner une politique économique crédible. Enfin, on observe une forme de concurrence positive entre programmes politiques : pour séduire un électorat jeune, les équipes rivalisent de promesses favorables aux startups, qu’il s’agisse d’allégements fiscaux ou de simplification de l’accès aux marchés publics.

Tout cela ne reste pas que théorique. Nous avons mis en place des actions très concrètes. Par exemple, nous travaillons étroitement avec les autorités pour faire évoluer la régulation, que ce soit autour des fintechs, de l’intelligence artificielle ou encore de la cybersécurité. Sur le plan financier, nous avons contribué à la réflexion qui a conduit à la création du Fonds F2IT et nous organisons régulièrement des rencontres pour préparer les startups aux échanges avec les investisseurs. En parallèle, nous facilitons l’accès au marché en encourageant les grandes entreprises et les administrations à tester et adopter les solutions locales, notamment à travers des projets pilotes. Enfin, nous agissons sur le terrain des talents et de la visibilité, en nouant des partenariats avec des écoles pour former les futurs professionnels et en organisant des événements comme l’Ivoire Tech Forum qui permet de mettre en lumière nos startups et de leur ouvrir des opportunités régionales. Notre approche est claire : nous voulons lever les freins, qu’ils soient réglementaires, financiers ou commerciaux, et donner aux entrepreneurs les moyens de passer de l’idée à la croissance.

StartUp Médias : La Côte d’Ivoire connaît un fort dynamisme entrepreneurial. Selon vous, quels sont les principaux défis qui freinent encore les startups locales ?

Alex Degny : Le premier défi, c’est le financement. Beaucoup de startups ont des idées brillantes mais peinent à accéder à des ressources financières adaptées à leur stade de développement. Ensuite, il y a la question de la réglementation, qui doit évoluer pour être plus favorable à l’innovation, en particulier dans la fintech. Enfin, l’accès au marché reste une barrière importante : trop souvent, les jeunes pousses n’arrivent pas à franchir le cap du prototype pour entrer réellement dans la chaîne de valeur économique.

StartUp Médias : Comment le CI20 agit-il concrètement pour répondre à ces défis ?

Alex Degny : Nous avons voulu que l’adhésion au CI20 ait un impact direct et mesurable sur la vie des startups. D’abord, nous travaillons à réduire leurs charges opérationnelles : grâce à nos partenariats, nos membres bénéficient de remises significatives, parfois jusqu’à 30 %, sur des services essentiels comme le juridique, la comptabilité, le cloud, les ressources humaines ou encore les assurances. En parallèle, nous faisons un plaidoyer constant pour que la Startup Act entre rapidement et pleinement en vigueur. Cet outil est capital pour offrir aux jeunes entreprises des exonérations fiscales et sociales adaptées à leur stade d’amorçage. Mais l’accès au financement reste la clé : nous avons donc mis en place des corridors d’investissement qui associent des institutions comme la CDC-CI, la BOAD, la BAD et un réseau de business-angels ouest-africains. L’idée est claire : élargir la taille et la diversité des tickets disponibles pour nos startups, afin qu’elles puissent réellement passer à l’échelle et conquérir des marchés plus larges.

Comment sensibilisez-vous vos membres du #CI20 dans ce contexte électoral ?

Alex Degny : Nous avons décidé d’adopter une démarche à la fois structurée et constructive, afin que la voix des startups soit réellement prise en compte dans le débat public. Concrètement, notre plan d’action repose sur trois leviers.

D’abord, nous allons publier dès septembre un Manifeste des Startups. C’est un document de positionnement que nous remettrons formellement à chaque candidat à l’élection. Il synthétise nos priorités stratégiques : une fiscalité adaptée aux jeunes entreprises, des délais de paiement publics raccourcis, la mise en place d’un capital-risque local et des mesures favorisant la compétitivité de nos membres.

Ensuite, nous organiserons une série de débats intitulés “Tech & Élections”. Ces tables rondes permettront de confronter les visions des candidats, des entrepreneurs et des investisseurs. Elles se tiendront en présentiel, mais aussi en direct sur nos plateformes digitales afin de toucher l’ensemble du territoire, y compris la diaspora. L’objectif est de placer l’innovation au cœur du discours politique et de donner aux startups la possibilité de dialoguer directement avec ceux qui aspirent à diriger le pays.

Enfin, nous avons prévu des ateliers de formation au lobbying responsable. Nos membres y apprendront à défendre leurs intérêts de manière apolitique et constructive, tout en respectant les règles de conformité et de neutralité. C’est une étape essentielle, car l’enjeu est de professionnaliser leur plaidoyer, sans jamais tomber dans la partisanerie.

Quels sont les projets et initiatives à venir pour le #CI20 ?


Alex Degny : Le #CI20 est dans une phase de consolidation et d’expansion. Nous voulons passer d’un rôle de plaidoyer à un rôle d’opérateur qui délivre des solutions concrètes pour nos membres. Trois chantiers sont déjà sur les rails.

D’abord, nous lançons notre Accélérateur en septembre 2025. C’est un programme intensif qui combine mentorat, prototypage rapide et, surtout, un ticket d’investissement assuré par Keza Capital en sortie de parcours. L’ambition est simple : sortir chaque trimestre une promotion de startups prêtes à attaquer leur seed round.

Ensuite, nous poursuivons le déploiement de nos 8 clusters sectoriels AgroTech, FinTech, HealthTech, GreenTech, EduTech, GovTech, LogisTech et CreativeTech. Chaque cluster travaille en co-construction avec les ministères et institutions publiques pour rédiger une feuille de route qui facilite l’accès des startups aux marchés B2G. La phase d’extension à l’échelle nationale est prévue entre le premier et le troisième trimestre 2026.

Enfin, nous préparons l’ouverture du CI20 Brussels Hub, en partenariat avec Enabel et HEC Alumni. Cette antenne bruxelloise servira à coacher nos startups à l’export, faciliter leur accès aux financements européens et piloter des projets pilotes transfrontaliers. L’inauguration officielle est prévue pour juin 2026, et elle marquera notre volonté d’arrimer l’écosystème ivoirien aux standards internationaux.

Quelle est votre vision pour l’avenir des startups ivoiriennes ?


Alex Degny : Je crois fermement que la prochaine décennie verra émerger une génération de scale-ups régionales issues de la Côte d’Ivoire. Trois moteurs alimentent cette conviction.

Le premier, c’est la ZLECAF. L’intégration progressive des marchés africains réduit les barrières douanières et simplifie la logistique. Nos startups pourront déployer leurs solutions dans plus de 50 pays, transformant la Côte d’Ivoire en rampe de lancement stratégique pour l’Afrique francophone. Le deuxième moteur, c’est le capital-risque qui se relocalise. Nous voyons déjà des signaux positifs : CDC-CI, des fonds corporate et de plus en plus de business angels ivoiriens s’engagent sur des tickets seed et série A. Cela réduit la dépendance vis-à-vis des VCs étrangers et crée un effet de levier durable.

Le troisième moteur, enfin, ce sont les partenariats État-startups. Nous assistons à un changement de posture : les startups ne sont plus perçues comme de simples micro-structures, mais comme des partenaires économiques et techniques à part entière. Dans la GovTech, la HealthTech ou l’AgriTech, plusieurs plateformes issues du #CI20 co-construisent déjà des feuilles de route avec l’administration.

Mon objectif chiffré est clair : créer plus de 50 000 emplois directs d’ici 2030 au sein des startups membres du #CI20, et au moins le double en emplois indirects via leurs fournisseurs et partenaires.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes entrepreneurs ivoiriens ?

Alex Degny : Je leur dirais d’abord de résoudre un vrai problème local. En Afrique, l’impact se paie comptant. Ensuite, de bâtir une équipe complémentaire : un bon équilibre entre compétences tech, produit et business. Je leur recommande aussi de tout mesurer : l’humilité vient de la data, pas des impressions.

Et surtout, de rester résilients. L’ego tue le héros, alors que la persévérance fait le champion. Enfin, je leur tends la main : rejoignez le #CI20. La scène est prête ; il ne manque plus que votre lumière.


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