Face à une pollution causant 1,4 million de décès par an en Afrique, le Dr Souleimane Halif Ngagine propose une rupture technologique avec sa startup Henddu. Incubée à l'INRIA, la structure exploite l'IA, la Big Data et les données satellitaires pour pallier le manque de stations de mesure au sol sur le continent.
En marge du Digital Africa 2026, tenu le 5 février à Abidjan, il revient sur les enjeux de la pollution atmosphérique en Afrique et les réponses technologiques apportées par sa startup. Le CEO a dévoilé son déploiement en Côte d'Ivoire via des partenariats avec le CIAPOL et Data 354. L’objectif est de doter la Côte d’Ivoire d’un observatoire national capable de simuler la qualité de l'air et de gérer les îlots de chaleur urbains. Il nous en dit plus dans cet interview.
Pouvez-vous nous présenter le projet Henddu en quelques mots ?
Henddu est une startup qui propose des services d’aide à la décision en matière de qualité de l’air et du climat à destination des États, des collectivités et des entreprises, principalement dans les pays en développement, en particulier en Afrique.
Nos solutions reposent sur l’exploitation conjointe des données satellitaires, de l’intelligence artificielle et de la Big Data afin de produire des informations fiables, accessibles et exploitables par les décideurs.
Quel rôle jouent la Big Data, l’IA et les données satellitaires dans la gestion de la pollution environnementale ?
La pollution de l’air provient de sources multiples : transports, industries, combustion des déchets, entre autres. Cela génère une quantité massive de données issues de différentes sources.
Or, dans de nombreux pays, il existe peu de stations de mesure au sol, car leur déploiement est coûteux. Il devient donc indispensable de combiner les données issues des stations terrestres avec celles observées par satellite.
C’est là qu’interviennent la Big Data et l’IA, à travers des modèles capables de traiter ces volumes de données hétérogènes, de les analyser et de les restituer sous une forme compréhensible et utile pour les utilisateurs. C’est précisément là que réside le véritable défi.
Quel est l’intérêt de ce type de projet pour les communautés ?
La pollution de l’air constitue aujourd’hui la première cause de mortalité environnementale dans le monde, avec près de 7 millions de décès par an, dont 1,4 million en Afrique. Plus de 90 % de ces décès surviennent dans les pays en développement.
En Afrique, on estime à 20,4 millions le nombre de morts prématurées liées à la pollution de l’air, pour un coût sanitaire d’environ 4 milliards de dollars.

Le problème est que de nombreux États ne disposent pas d’outils suffisamment structurés pour surveiller la qualité de l’air, produire des données fiables et appuyer leurs décisions. Sans données solides, il est difficile de démontrer l’ampleur du problème et donc de mobiliser des financements.
Henddu répond à cette problématique en aidant les pays à se structurer, à produire et valoriser leurs données environnementales. Nous développons une plateforme capable de simuler le fonctionnement d’un observatoire de la qualité de l’air, afin de réduire les coûts d’investissement et de rendre ces infrastructures accessibles aussi bien aux États qu’aux entreprises.
Quels sont vos rapports avec l’État ivoirien ?
Bien que basés à Lille et incubés à l’Agence spatiale européenne, nous sommes en cours d’installation à Abidjan. Nous entamons actuellement notre phase d’amorçage avec des partenariats stratégiques, notamment avec Data 354 et le Centre ivoirien antipollution (CIAPOL), l’institution en charge de la surveillance de la pollution de l’air en Côte d’Ivoire.
Notre objectif est de rendre l’information sur la qualité de l’air accessible à tous, en partant des données de pollution pour aborder également les enjeux climatiques, comme les îlots de chaleur urbains.
Nous accompagnons l’État ivoirien dans la mise en place d’un observatoire national de la qualité de l’air et développons un système d’aide à la décision complet, allant de la mesure à l’action, avec une perspective de court, moyen et long terme. À terme, nous visons la mise en place d’un système d’alerte précoce permettant d’informer les populations en temps réel et d’aider les décideurs à réduire les risques sanitaires et économiques.
Henddu est aujourd’hui composée d’une équipe de cinq personnes, incluant des développeurs et des data scientists, avec un fort lien avec la recherche universitaire.
Quelle est la situation de la pollution de l’air en Côte d’Ivoire ?
À Abidjan, qui compte environ cinq millions d’habitants, les populations sont fortement exposées à diverses formes de pollution atmosphérique. Certains polluants, notamment les particules fines issues du trafic routier et des zones industrielles comme Treichville, atteignent des niveaux préoccupants.
Des mesures ont été prises par le gouvernement, notamment l’interdiction d’importation des véhicules de plus de cinq ans depuis 2017, ce qui a un impact positif à long terme. Cependant, des actions à court terme sont également nécessaires, notamment pour préparer le système de santé lors des pics de pollution.
L’enjeu est de permettre à l’État de réagir en temps réel grâce à des outils adaptés.
Êtes-vous présents dans d’autres pays africains ?
Oui, Henddu est déjà déployée ou en discussion avancée avec plusieurs pays africains, notamment le Sénégal, la Guinée et le Togo.
Quel regard portez-vous sur l’événement Digital Africa 2026 ?
Les données spatiales et l’intelligence artificielle représentent des enjeux majeurs pour l’Afrique, un continent en pleine croissance démographique, industrielle et urbaine, mais aussi de plus en plus vulnérable.
Ce type d’événement permet de faire un état des lieux des connaissances, des défis et des opportunités, mais surtout de structurer un secteur encore peu organisé. Il s’agit également d’un enjeu de souveraineté, car ces technologies touchent directement aux politiques de santé publique et de développement.
Il est essentiel que tous les acteurs se réunissent, échangent et collaborent afin de relever ensemble un défi qui nous concerne collectivement.
Entretien réalisé par EY

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